Dimanche 25 février 2007
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À propos de l'espérance pour le futur, je pense à François Flahault, et à propos du miroir du présent, je vous traduis un extrait d’une pièce de théâtre de George Bernard Shaw, qu’on ne lit pas assez.
Cette pièce, « Major Barbara », écrite en 1905, met en scène la fille d’un richissime fabricant de canons, Undershaft, qui s’est engagée dans l’Armée du Salut (l’humanitaire d’alors) pour venir au secours des déshérités.
La famille est constituée de deux lignées, l’une, le « sans famille » Andrew Undershaft, orphelin self-made man et marchand de canons (entreprise Undershaft & Lazarus), et l’autre, celle de son épouse qui a divorcé (mépris pour le métier du mari, mais accueil de son argent), héritière d’un grand nom anglais.
Le fils (Stephen) s’identifie à la mère (Lady Britomart), et veut faire de la politique, sans se salir les mains dans l’entreprise de son père.
Lady Britomart [avec gêne]
Que pensez-vous qu’il devrait faire, Andrew ?
Undershaft
Oh, ce dont il a envie. Il ne sait rien, et il croit tout savoir. Cela l’oriente clairement vers une carrière politique. Trouvez-lui un secrétariat privé auprès de quelqu’un qui pourra le faire devenir sous-secrétaire ; puis laissez-le en paix. À la fin, il trouvera la place qui est naturellement la sienne, sur le banc des ministres.
Stephen [bondit de son siège]
Je suis désolé, Monsieur, que vous m’obligiez à oublier le respect que je dois à un père. Je suis un Anglais, et je ne permettrai pas que l’on insulte le gouvernement de ma patrie.
Undershaft [avec quelque brutalité]
Le gouvernement de ton pays ! JE suis le gouvernement de ton pays, moi et Lazarus. Crois-tu que toi, et une douzaine d’amateurs dans ton genre, assis en rang dans cette boutique jacassante [le Parlement], peuvent gouverner Undershaft & Lazarus ? Non, mon ami : tu feras ce qui est rentable pour nous. Tu feras la guerre si cela nous convient, et la paix, quand cela ne nous conviendra plus. Tu découvriras que le commerce requiert un certain nombre de mesures quand nous aurons décidé de ces mesures. Si je veux voir mes dividendes augmenter, tu découvriras que mes besoins sont une priorité nationale. Et quand d’autres gens revendiqueront la baisse de mes dividendes, tu mobiliseras ta police et tes militaires. En retour, tu auras le soutien et les applaudissements de ma presse, et le plaisir de te croire un grand homme d’État. Le gouvernement de ton pays !! File, mon garçon, va jouer avec tes coteries politiques et tes éditoriaux, tes partis historiques et tes questions brûlantes, et le reste de tes joujoux. MOI, je retourne à ma comptabilité : qui paie les violons choisit la musique.
Cette pièce est terrible ...
MJM
Cette pièce, « Major Barbara », écrite en 1905, met en scène la fille d’un richissime fabricant de canons, Undershaft, qui s’est engagée dans l’Armée du Salut (l’humanitaire d’alors) pour venir au secours des déshérités.
La famille est constituée de deux lignées, l’une, le « sans famille » Andrew Undershaft, orphelin self-made man et marchand de canons (entreprise Undershaft & Lazarus), et l’autre, celle de son épouse qui a divorcé (mépris pour le métier du mari, mais accueil de son argent), héritière d’un grand nom anglais.
Le fils (Stephen) s’identifie à la mère (Lady Britomart), et veut faire de la politique, sans se salir les mains dans l’entreprise de son père.
Lady Britomart [avec gêne]
Que pensez-vous qu’il devrait faire, Andrew ?
Undershaft
Oh, ce dont il a envie. Il ne sait rien, et il croit tout savoir. Cela l’oriente clairement vers une carrière politique. Trouvez-lui un secrétariat privé auprès de quelqu’un qui pourra le faire devenir sous-secrétaire ; puis laissez-le en paix. À la fin, il trouvera la place qui est naturellement la sienne, sur le banc des ministres.
Stephen [bondit de son siège]
Je suis désolé, Monsieur, que vous m’obligiez à oublier le respect que je dois à un père. Je suis un Anglais, et je ne permettrai pas que l’on insulte le gouvernement de ma patrie.
Undershaft [avec quelque brutalité]
Le gouvernement de ton pays ! JE suis le gouvernement de ton pays, moi et Lazarus. Crois-tu que toi, et une douzaine d’amateurs dans ton genre, assis en rang dans cette boutique jacassante [le Parlement], peuvent gouverner Undershaft & Lazarus ? Non, mon ami : tu feras ce qui est rentable pour nous. Tu feras la guerre si cela nous convient, et la paix, quand cela ne nous conviendra plus. Tu découvriras que le commerce requiert un certain nombre de mesures quand nous aurons décidé de ces mesures. Si je veux voir mes dividendes augmenter, tu découvriras que mes besoins sont une priorité nationale. Et quand d’autres gens revendiqueront la baisse de mes dividendes, tu mobiliseras ta police et tes militaires. En retour, tu auras le soutien et les applaudissements de ma presse, et le plaisir de te croire un grand homme d’État. Le gouvernement de ton pays !! File, mon garçon, va jouer avec tes coteries politiques et tes éditoriaux, tes partis historiques et tes questions brûlantes, et le reste de tes joujoux. MOI, je retourne à ma comptabilité : qui paie les violons choisit la musique.
Cette pièce est terrible ...
MJM
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